mardi 15 mars 2016

Elle m'a quitté navigant
m'abandonnant glycémique
à l'abîme sinuant
d'un puit de calcite

Plongée dans l'obscurité
réconciliant l'étoile
de silencieuse gaieté
d'éboulis ventral

J'ai foulé la terre humide
et les carrières de sable
en roue libre dans le vide
enlisée du sel de larmes

Par un tunnel insolite
qui peut rallier la rive
suivre l'homme de granit
le golem ivre

Qui titube en albatros
en seigneur des colosses
vers les hauteurs et les causses
d'une voie de bosses

jeudi 3 avril 2014

Tableaux de Palerme


Une ruelle de Palerme


    A cette heure entre nonnes et vêpres où le soleil bat la terre, aucune agitation n'est de bon augure. 
Le pelage des chiens errants s'engorge de particules. De cette poussière qui forme des spectres garants du couvre-feu. Les papiers sales furètent en éclaireurs aux lézardes des pierres fumées qui gardent les bâtisses. 
    
    A cet étage tout est forgé par la brûlure, du macadam fondu aux bennes à ordures calcinées, aux mégots disséminés. Le noir remonte, s'engrisaille, puis se tâche aux balcons de vifs coloris synthétiques ou pendent les lessives. Et, enfin, tout là-haut : une ouverture. A peine une lucarne pâle et malade, un voile qui sèche, un trait de ciel pur. 

   Un peintre aurait ravivé les joues d'un tel visage. Justement, dans la mare où les rigoles perdent le chemin de la mer, une teinte s'y aventure. Depuis le temps qu'elle se prélasse, une eau de sang a marqué les bordures de ronds succéssifs gage de son assèchement. 

   Celui sûrement d'une créature de ces bas-fonds, de cette mouette las-bas dont il ne reste que deux ailes collés comme les paupières d'un enfant qu'on tire du sommeil. Sur le dos de ce dos, d'autres plumes, le bec puissant et acharné d'un goéland à peine plus grand qui se contente en pâture des tristes restes d'un semblable. 

   Mais la reine en ces lieux est l'adolescence vibrante, perturbée, de cet autre oiseau qui vole, de ce rapace plus carnacié ; sans maître, loin de la fenêtre, trop loin du grand air, trop loin de son grand-père.

---------------------------------------------------------------------------------------------------

 Le jardin botanique 

Silence.
 Un ciel bleu clair s'étend, fendu par l'oiseau au plumage vert qui plane, dont la queue se déploie comme une main. 
J'aimerais peindre chaque arbre, chaque plante jusqu'à l'herbe indésirée qui se proclame aristocrate. 
On ne pourrait mieux décrire telles palmes arrondies, telle sensualité épineuse, telle luxuriance. 
Résonne quelques coups sournois et irréguliers de graines et fleurs impatiente de cavaler loin de l'oiseau  vert, au ventre jaune, au reflets multiples, qui chasse en élégance. 
Dans ce temple floral la couleur se mange, c'est le sucre et la viande tendre d'une société close.
Lui niche dans le grand arbre sec et blanc au cheveux roux, dans un noeud à mi-sommet.
Un rat me garde à l'oeil dans une reinure et un chat me dédaigne sur les graviers massants. 
Les lézards s'éclipsent à mon approche dans un bruissement de feuilles mortes.
 Et là, magistrale !
 Immérgées et en surface, les tortues enseignent à qui les observent leur sagesse du temps qui passe.
 Au tempo qu'elles connaissent depuis des âges entiers, elles se meuvent lourdement dans le seul but de puiser à leur peau de pierre le meilleur du rayonnement solaire.
Sur un bloc de marbre ou se reflète les losanges de l'étang, je me fait l'élève de leur enseignement. 



jeudi 20 mars 2014

Urgence

L'urgence d'un royaume d'insouciance

où l'on ne choisisse plus entre confort amère et passions violentes.

Les barques qui naviguent sur la mesure loin vers l'air pur,

laissent à la décheterie la peau et le pépin, l'écorce et la racine, je hais paris.

Ce grand suçon nous laisse tous extrêmes du bon goût du bio ou du carton,

du bien être au crépi ou au béton.

Pas un panorama ne perce l'esprit plus qu'un pauvre dans le métro ou qu'un amputé qui mendit.

C'est le fief des silures, qui tapis au fond de la seine s'emplissent des moisissures

qui coulent des porte-monnaie, des mascaras, des cafés et des blessures. 








jeudi 13 mars 2014

Personne ne regarde de la mer


Mardi, le temps était brumeux comme on le voit rarement. Tout était recouvert d'un manteau de brouillard mélancolique et doucâtre. Nous sommes déscendues par la pointe de tracy sur la plage par un petit chemin de falaise. Albertine voulait me montrer le gros éboulement de falaise d'asnelles qui parait-il vibre d'une ambiance lunaire. La veille nous avions marché sur la plage du bouffay à port en bessin qui est jonchée de fossiles, c'était le mot d'ordre de notre périple : trouver des fossiles. 
Juste en bas de ce chemin, il y'a un énorme rocher, l'unique du périmètre à être incrusté d'innombrables étoiles de Sion, ce qui m'interpelle d'autant que j'ai vécu en lorraine, visité la colline de Sion et entendu l'histoire de ces fossiles las-bas.

Nous avancions au ras des falaises, certains endroits étant plutôt dangereux car la couche d'argile qu'elles surplombent se disloque progressivement avec les pluies. En avançant nous commencions à rêver à haute voix de trouver des fossiles immenses de dinosaures ou de momies dans ce grand terrain de jeu de terre fraîchement tombée. Nous trouvions un fossile de bois curieusement encastré dans une pierre qui évoquait plutôt un reste de charogne.

 Nous avions fait une centaine de mètre à papillonner entre les pierres, Albertine remonta à flanc, elle avait repéré des fleurs jaunes dont j'ignore le nom comme elle se passionne de plantes communes. J'étais un peu plus loin au bord de l'eau, quand elle appela mon nom avec ce ton caractéristique de quelqu'un qui a trouvé quelque chose. Un ton que je n'identifiait pas comme particulièrement emballé. Je remontais vers elle.

Elle était immobile toujours dans cette brume en amont d'un petit éboulement assez ancien et me montrait la direction du doigt. Il y'avait là une couche d'argile grisâtre dans laquelle nous nous enfoncions jusqu'au mollet. Et là entre deux rochers comme un autre vulgaire cailloux recouvert d'une fine mousse verdâtre, un crâne humain.

"Nan". disais-je.  
Elle eut un léger sursaut de panique. Mais nous nous mîment à rire. De ce rire expiant qui accompagne les situations ou la vérité a du mal à se faire une place "ça n'est pas vrai !!".
Notre première réaction fût curieuse, Albertine ramassait les vieux ossements bien conservés d'animaux forestiers et pendant une seconde absurde nous envisagions ce crâne comme une trouvaille.
Albertine alla même cueillir ses fleurs un peu plus haut tandis que je revenais de cette vérité et que je m'arrêtait sur cette vision macabre. Je la vis fixer le sol d'un air consterné.
"quoi ?" "le reste"?

C'était le reste du corps, recouvert lui aussi de cette fine couche de vert entremêlé dans ce qui nous parût être une bâche mais s'avéra plus tard un vêtement.
Le corps nous parut être tombé récemment avec l'argile, le crâne avait glissé plus bas laissant la mâchoire  à mi-chemin. C'était complètement différent que de trouver un crâne. Etrangement, une tête de mort c'est quelque chose que l'on conçoit dans l'imagerie comme quelque chose de dissocié même de la mort, c'est presque un objet. Avec le corps, nous prenions conscience d'avoir découvert un cadavre. Il n'y avait plus la moindre confusion quand à la nécessité d'appeler la police.

Ils vinrent. Les ossements étaient secs et n'avaient rien d'organiques. Vite le lien fût fait en présence des gendarmes avec la disparition inquiétante d'une femme trois ans plus tôt, dont on avait trouvé la voiture et dont on soupçonnais le suicide. Les hautes falaises entre tracy-sur-mer et manvieux étant réputés m'appris un gendarme pour ce genre de choses. Celui qui s'occupait de rassembler le corps trouva les clefs de voiture de la femme dans sa poche.

Le lendemain nous allions auditionner notre témoignage à la gendarmerie et l'incident me sembla clôt, insolite du reste, une bonne histoire à raconter. En me couchant cependant mon esprit me ramenait toujours à cet endroit, à cet argile ou l'on s'enfonce et à ce crâne trônant au milieu des pierres. 

L'histoire a le mérite d'être close de mystère, mais l'idée que son corps était là à mi-hauteur dans une corniche pendant 3 ans, à l'air libre, à découvert, avec des dizaines de gens qui passaient en dessous et au dessus mais sans rien voir car personne ne regardait de la mer.   


lundi 3 février 2014

Alchimie

La douceur, ta douceur est un cri.
C'est ce à quoi aspire l'homme en sa première heure,
un autre comme lui. 
Un homme au phalanges sèches
au sourire transis, 
transcendant jusqu'au coeur qui pompe la vie.
 Elle assèche la moiteur, assainit les marais  
de l'amour colporteur de clichés convenus,
de shémas consentis.

dimanche 2 février 2014

Transgression



Fouler les plaines de neige blanche immaculées.

Un besoin réspiratoire, un désir ventral.

Rompre cette beauté pulmonaire et en consommer la pureté.

Mais quand mon pied transpercera la terre mes mains gelées,

n'auront plus rien à saisir qu'un rêve dissous.






vendredi 24 janvier 2014

Assoupi

La pluie tombe et le sommeil, goutte à goutte, m'affaiblit. 

Mes paupières clignent comme un clapotis et me voilà à la porte de la cour. 

Là vibrent dans un tourbillion des souvenirs apaisés. 

Les gouttières se déversent sur les trêfles et les graviers. 

Sous l'éscalier la cave s'entrouvre et je descends.  

La chaleur monte dans un brasier et j'entre dans une chambre pastel écoeurante,

vieillotte et vivante.

La porte est molle comme un vortex, le sol se traîne comme un serpent. 

Un hameçon s'accroche à mon nombril et je tangue à la surface. 

Qu'elle heure est il.